Rencontre avec François Bellefeuille

De  | Posté le Vendredi 20 Janvier 2012
Par Audrey Barbier

Quand je retrouve François Bellefeuille, il est un peu plus de 15h30. Il vient de finir une séance photo de deux heures sur la scène du Café Campus, scène qui deviendra bientôt son repaire, puisque c'est lui le nouvel animateur des Soirées Juste pour rire, anciennement connues comme les Mercredis Juste pour rire.


Et il est bien sympa François, parce qu'il n'avait pas prévu de m'accorder quelques minutes avant de partir, pourtant, il le fait. Avec le sourire en plus!
 
Sympa, c'est déjà le premier adjectif qui vient à l'esprit quand on le rencontre. Dommage que nous ne disposions que d'une poignée de minutes, je sens qu'il en a des choses intéressantes à me raconter ce bonhomme-là.
 
Cette année donc, notre hôte ce sera l'homme au faucon. Celui-là même que je regarde, sourire malicieux et œil vif, et que la lumière projetée derrière lui, transforme ses cheveux en auréole faisant de lui un saint homme de la scène.
 
À 19 ans il décide de devenir vétérinaire. Durant ses études, il monte de temps en temps sur la scène d'un café: « Il y avait un petit café au sein de l'établissement. J'y jouais des sketchs quelques fois, et j'ai vu que ça marchait bien. J'ai eu envie de continuer, ça m'a donné une certaine confiance.» Quatre ans plus tard, il entre sur le marché du travail, et exerce cette profession régulièrement jusqu'à 30 ans environ, notamment aux États-Unis.
 
Bien que satisfait de ses jeunes atouts professionnels, il sent la corde créative le titiller, si bien qu'il tente sa chance, et intègre l'École nationale de l'humour. Là-bas, il s'y plaît, il s'y épanouit, et fait des rencontres intéressantes.
 
Au début, François continue à travailler en parallèle de ses cours à l'école, puis diminue d'une journée par semaine au fur et à mesure de son investissement. Depuis 6 mois, sa carrière d'humoriste ayant pris beaucoup de place dans sa vie, il exerce seulement un jour par semaine sa profession initiale. Vous l'aurez donc compris, peut-être vaut-il mieux ne pas lui amener votre chat pour l'instant, sauf si celui-ci est amateur d'humour !
 
Aujourd'hui, François Bellefeuille a le vent en poupe. Son public lui fait confiance, et l'apprécie d'autant plus, qu'il offre cet humour « décalé » qu'on ne retrouve pas (ou peu) chez tous les humoristes. À ce propos il me confie: « j'ai accepté de présenter Les Soirées Juste pour rire parce que je trouve intéressante l'expérience d'animateur. Je pense que ces soirées possèdent un certain prestige. Juste pour rire souhaite donner un nouveau souffle à ces événements hebdomadaires, et je pense pouvoir apporter ce grain de folie qui caractérise mon personnage scénographique. J'espère pouvoir présenter la personne selon un regard fou, inopportun, parfois dérangeant, à la manière de mon personnage, trempé d'absurde.»
 
D'ailleurs, sachant qu'il oeuvrera durant 19 semaines ce challenge remarquable, durant lesquelles il verra se succéder les nouvelles figures de la scène québecoise, on se demande quelles sont celles qui le marqueront, et celles qui le touchent déjà. Parmi elles, Simon Delisle, connu pour faire beaucoup de stand up, l'impressionne particulièrement, lequel sera présent lors des soirées. Simon Gouache, Louis T., qu'il suit de près depuis leur sortie de l'École de l'humour, les Nanas Coustiques, trois filles qui chantent de l'humour avec de très belles harmonies de voix. Et évidemment le jeune Simon Leblanc. «Nous nous sommes rencontrés lors de l'émission En route vers mon premier gala Juste pour rire, il y a deux ans, et une amitié s'est très vite développée entre nous. Nous avons beaucoup de respect l'un pour l'autre. Par la suite, ma gérante a eu cette idée de partager la scène, un peu à l'image de Patrick Groulx et Louis-José Houde dans le temps. Ainsi est né Union Libre. L'idée n'est pas forcément de remplir de grosses salles mais plutôt de jouer sur des scènes plus personnelles à capacité de 150/ 300 personnes maximum. On souhaite présenter un show condensé, où les gens puissent venir découvrir nos deux personnages, car il est assez rare que le public soit là pour les deux. Puis je trouve que notre humour fonctionne bien ensemble. On prend les dates comme elles viennent. Pour le moment nous avons été à Sherbrooke et Shawinigan. Cet hiver, nous serons à Québec pour deux dates, puis l'Assomption pour deux dates également.»
 
Puisque malheureusement le temps presse un peu, mais qu'on salive d'en savoir plus, j'ai posé quelques questions de dernière minute au futur compagnon de nos mercredis soirs.
 
Quelques mots sur tes projets à venir...
« En premier temps, animer Les soirées Juste pour rire pendant 19 semaines, représente un travail très intense, je vais donc beaucoup m'y consacrer. Ensuite, je dois commencer à préparer un numéro de gala, puis un spectacle pour automne 2013, hiver 2014. Ce spectacle exigera beaucoup de travail, car je souhaite vivement prendre le temps de réaliser un show dont je serais très fier. De nos jours, il est dur de faire salle comble chaque soir. J'aimerais faire rire les 30-35 ans, parce que c'est un public aux attentes très différentes. Il est facile de faire rire des jeunes de 18 ans. Plus t'es fou, plus t'es absurde, plus tu cries dans le micro, plus ils embarquent ! Les 30-35 ans, veulent que ça soit plus intelligent, qu'il y ait quelque chose derrière la joke. Ils veulent une sorte de gymnastique mentale, un sujet plus pertinent, plus intéressant à la base; sans pour autant être engagé.
Je souhaite évidemment développer Union Libre avec Simon. Pourquoi pas, en faire une tournée à travers le Québec. Également, j'aimerais réaliser un projet tv, comme une série par exemple, ce qui permettrait, de surcroît, d'augmenter mon public. »
 
Un rêve fou...
« Faire le tour du monde, même si je pense que je ne le ferais jamais. Je suis conscient qu'en étant humoriste, je ne peux pas me permettre de partir des mois, cela demande quand même une certaine rigueur. Et c'est une chose que je regrette avec ce métier parce que je voyageais beaucoup avant, et j'adore ça. »
 
Peut-être qu'en dehors de la scène François continue le show dans la vie...
« Je pense que je suis assez plate dans la vie ! Je ne suis pas drôle tout le temps. Dans une réunion de famille, je peux faire rire tout le monde pendant une heure si je suis en forme, mais je ne cherche pas nécessairement à faire rire tout le temps. Je ne suis pas du genre à rentrer dans l'autobus, et faire une joke au conducteur. Je pense que pour être humoriste, il faut avant tout vouloir être sur scène et être un sacré travailleur. Il y a une différence majeure entre être drôle pour 100 personnes, et faire rire un ami. »
 
Le 21 décembre 2012...
« En quelques mots, j'ai l'impression que la fin du monde est déjà enclenchée. La manière dont on traite notre planète le reflète. J'veux dire, sans être un Green Peace Power, je vois les êtres humains comme des millions de cellules cancéreuses pour la terre. Finalement, on l'achèvera. Par exemple, ne serait-ce que l'état de notre société de consommation, où nous avons besoin d'un nouveau manteau chaque hiver, c'est fou ! Il faut être conscient à mon avis qu'on ne pourra pas continuer comme ça très longtemps. Pour résumer, à mes yeux, la fin du monde signifie la fin du monde tel que nous le connaissons. Et même en qualité d'humoriste, je ne trouve rien de drôle à dire sur la fin du monde, car ça n'a vraiment rien de drôle !! Oh mon dieu chui dark là, non ? »
 
Poutine VS foie gras...
« Poutine, définitivement. »
 
String léopard ou bobette 100% confort pour passer l'hiver en toute sécurité...
« Tu veux dire, sur moi ? Ah ah ah ! Non moi je suis confort, je vote pour un truc 100% coton. »
 
Tes résolutions 2012...
« Je suis toujours au régime ! Chaque année je veux perdre du poids. À un moment donné faudrait que je réalise que je dois arrêter avec ça. Mais attention, je suis quand même rigoureux, je me maintiens ! Autrement, l'organisation est certainement LA résolution que je ne tiendrais jamais. J'essaie, mais je n'y arrive pas. Enfin, je pense que la résolution essentielle que je devrais prendre au sérieux: arrêter d'être déçu de moi. »
 
Dans 30 ans...
« J'adore faire de la scène, mais pour rester dans les meilleurs, il faut investir énormément, constamment. Je me vois beaucoup plus comme un créateur, qu'un humoriste. Peut-être, je me consacrerais davantage à la télévision, comme je disais plus tôt. J'adorerais faire quelque chose de vraiment bon, qui vieillisse bien avec le temps. Un programme qu'on regarde des années plus tard, et qui fonctionne toujours.
 
Dans 30 ans, j'aurais 65 ans, il me semble difficile de faire encore de la scène, et d'être très bon. Ou alors, ce serait tout simplement magnifique. »
 
C'est sur cette phrase, illuminée d'un sourire rêveur, que mon entrevue avec François Bellefeuille s'achève.
 
J'ai commencé mon écriture en vous disant que l'adjectif sympa, est celui qui vient immédiatement avec le personnage lorsqu'on le rencontre. Je termine celle-ci en précisant que le dernier qui vous reste en tête est enivrant.
 
Je vous rappelle que les Soirées Juste pour rire vous ouvrent leurs porte durant 19 semaines consécutives, à partir du 25 janvier prochain.
 
Désormais, vous ne serez plus jamais seul le mercredi soir.